Pomelos et Polemos sont dans un bateau (Leçon inaugurale prononcée au Collège de France, à la chaire d’Etude de Monde)

Mesdames, Messieurs les hautes personnalités,

Monsieur l’Administrateur,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Mesdames, Messieurs,

par son énormité, par son amertume, par la grossière évidence de ses manifestations sur l’étal du primeur, le pomelos est une fidèle image de Monde, ou de ce qui en constitue le fond, à savoir la guerre. Or, celui qui s’est donné pour mission d’explorer la tessiture même des choses ne saurait accepter qu’il existât une métaphore de quoi que ce fût. L’écueil par lequel j’ai l’insigne honneur d’inaugurer aujourd’hui la chaire d’Etude de Monde, se trouve heureusement percuté, et de plein fouet, par l’humble barque de notre ignorance. Où donc aurons-nous échoué ? À Éphèse par exemple, où la tradition nous rapporte qu’Héraclite aurait dit, à sa manière sybilline, que le Polémos était le père, ou la guerre la mère, de toute chose. Sexualiser n’est pas notre propos. Ce serait par trop grossier. Ou point assez : allez, polémisons plutôt les sexes, et voyons-y plutôt l’une des mille et unes manifestations, et si vous permettez, pas la plus bandante, du fabuleux principe de guerre dont je vous propose, dans cette leçon inaugurale à la chaire d’Etude de Monde que j’ai l’honneur d’occuper en alternance avec mon collègue et néanmoins ami Daniel Schuld, de chausser vos entendements.

Coupant long à la rhétorique d’usage, à quoi j’ai résolu de ne sacrifier que le paragraphe d’introduction servi ci-dessus en guise d’amuse-bouche, je propose, puisque le temps nous manque déjà comme il nous manquera toujours, une salve de pétitions de principes dont mon esprit sodomite détient le secret. Aux leçons suivantes, que j’assurerai par intérim quand le professeur Schuld se verra incapable, tel que c’est le cas aujourd’hui, d’assurer les miennes par intérim, la jésuitique, la talmudique tâche d’énumérer, d’analyser, de décrire, de déployer l’inutile et noble profondeur réflexive et critique, pour l’édification et le fertile ennui de vos viandes, Mesdames, Messieurs.

La guerre est la matrice de tout rapport.

Le concept même de rapport contient l’idée de guerre.

Dès qu’il y a division, apparaît la possibilité de la collaboration et du conflit, autrement dit la guerre.

La guerre n’est pas une métaphore, mais un principe présent en toute chose en tant qu’elle existe. Héraclite l’a dit, quoiqu’il ait voulu dire, quand bien même il n’eût jamais rien dit.

Si le Christ, témoignant en cela de l’indubitable génie contrefactuel du christianisme, a posé l’amour au coeur de son message, c’est bien pour opposer un principe de salut à la tessiture même de la réalité, pour nous sauver de notre intime nature, qui est celle du péché, autrement dit de la guerre.

La guerre au sens le plus répandu, guerre civile, guerre entre Etats ou encore guerre économique entre conglomérats, n’est que la manifestation la plus spectaculaire du principe de guerre, sa mise en scène à l’échelle la plus grossière qui soit. Cette grossière cérémonie en doit pas occulter l’ubiquité de la guerre ni l’infinie variété de ses manifestations. Au contraire, en guise d’introduction, et puisqu’après tout nous sommes des êtres foncièrement grossiers, l’une des méthodes les plus abordables pour nous introduire au principe de guerre consiste à partir de la théorisation qui a été faite de la guerre au sens le plus grossier, à savoir la stratégie militaire, pour voir en quoi les outils de la stratégie militaire peuvent fonctionner comme autant d’instruments grossiers nous permettant d’entrevoir, Mesdames, Messieurs, la toute-présence de la guerre.

Dernières publications

Les chercheurs du CMEP prolongent Travail de recherche sur le Pittoresque ; les numéros #2, #3 et #4 sont désormais disponibles. Comme les numéros précédents, la mise sur le marché de la Revue est effectué par les Editions Micr0lab.

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Carte de Ville                                                                            Vue de Pays

Vue Pittoresque

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Le Comité de Rédaction du CMEP est fier de vous présenter le 1er numéro de la revue « Vue Pittoresque : Faire Bucarest, Dilidjan, Shanghai, Tbilissi ». Les auteurs sont à la pointe de la Critique et de la Critique de la Critique. Annulant eux mêmes leur travail par manque de disponibilité, ils/nous/vous vous soumettent à l’Etude cet ouvrage soigné et bien trop élégant, disponible exclusivement chez notre partenaire Microlab. (Lien Hypertexte)

Iconographie de Sacré Coeur

« Saint Jean Eudes (…) a la conviction que le Christ nous a donné son cœur pour être notre cœur, de même que les Cœurs de Jésus et de Marie ne font qu’un. »
http://www.sitedemarie.com

 » Le Sacré Cœur de Jésus est un abîme d’amour où il faut abîmer tout l’amour-propre qui est en nous »

 » Mon plus grand contentement est d’être devant le Saint Sacrement où mon cœur est comme dans son centre. Je luis dis : Ô mon Jésus et mon Amour, prenez tout ce que j’ai et tout ce que je suis et me possédez selon l’étendue de votre bon plaisir, puisque tout ce que j’ai est à Vous sans réserve. »
Sainte Marguerite-Marie, citée sur voiemystique.free.fr

faits divers | transplantation cardiaque avortée « Elle est morte une deuxième fois »

Le Républicain Lorrain, 12 avril 2012

Illustrations : – Ypaul de Quarse, “24 juin 1374 : après l’arrêt cardiaque d’un innocent touché par l’épidémie de danse de Saint-Guy, les sœurs de la Congrégation du Bon Pasteur procèdent à une divine transplantation grâce au Sacré Cœur de Christ apparu miraculeusement.“
– Artiste inconnu, gravure, XVIIIème s., Saint Jean Eudes, organisateur du premier culte du coeur de la Vierge et de Christ.

Iconographie de Saints Innocents, ou Instrumentalisation des Morts d’Enfants.

« Le 28 décembre, l’Église célèbre depuis le IIème siècle, la mémoire des enfants victimes de la fureur aveugle d’Hérode le Grand, qui désirait tuer Jésus (cf. Matthieu 2, 16-17). La tradition liturgique les appelle les « Saints Innocents » et elle les considère comme des martyrs historiquement massacrés à cause du Christ. Livrés sans défense, ce sont de nouveaux « agneaux conduits à l’abattoir » (Isaïe 53, 7; Actes 8, 32).
De nos jours, les enfants subissent encore d’innombrables formes de violence, qui attentent à leur vie et constituent des attaques contre leur dignité, leur vie morale et leur droit de recevoir une éducation digne de ce nom. Il faut toujours avoir présent à l’esprit la foule innombrable des enfants vivant encore dans le sein de leurs mères et qui sont tués avant même de voir le jour, à cause des lois qui autorisent l’avortement, ce crime abominable. »
Site internet notredamedesneiges.over-blog.com

« En février 2007, le professeur et chercheur israélien Ariel Toaff publie un livre dont le titre est Pasque di sangue: Ebrei d’Europa e omicidi rituali (Pâques sanglantes : Juifs d’Europe et meurtres rituels). Il avance la thèse que la communauté juive de Trente aurait pu commettre le crime rituel dont elle était accusée (Ndlr. le meurtre atroce du petit Siméon ou Simon de Trente en 1475), revenant ainsi sur les conclusions de tous les historiens du XXe siècle pour qui les meurtres rituels attribués aux Juifs étaient sans fondement. (…) Le livre soulève un grand émoi aussi bien dans le monde des historiens que dans la communauté juive. »
Site internet christroi.over-blog.com

« Sans attendre les résultats du procès, les habitants de Trente se mettent en quête de preuves de la sainteté du petit Simon. Le premier miracle est enregistré le 31 mars 1475, preuve aux yeux des croyants locaux que l’enfant est bien un martyr, alors que les premiers aveux ne sont extorqués aux malheureux suppliciés qu’à partir du 7 avril. (…) En 1965, à la fin du Concile Vatican II (qui commença fin 1962), l’Église commence à ré-enquêter sur cette histoire et les dossiers du procès sont rouverts. Après avoir reconnu l’affaire comme frauduleuse, le culte de saint Simon est aboli par Paul VI et l’autel qu’on lui avait élevé est démoli. On le retire du calendrier et il est désormais interdit de le vénérer. »
Wikipédia, article Simon de Trente

Illustrations : – Ypaul de Quarse, « Sainte Opération Punitive rappelant la découpe de Saint Siméon par d’obscurs païens, sous les yeux de ses collègues Saint Innocents, selon le chroniqueur Isaïe, comme une brebis qu’on mène à la boucherie, comme un agneau devant celui qui le tond, il a gardé le silence et il n’a pas ouvert la bouche. »
– Artiste inconnu, article illustré présentant le crime rituel, en 1475, de Simon Unverdorben, dit Simon de Trente, dit Saint Simon de Trente.

Iconographie de Âme

Cliquer pour agrandir

« Une Américaine résidant à Albuquerque, Nouveau-Mexique aux Etats-Unis, a décidé de vendre « une âme presque pas utilisée » au prix de 2 000 dollars, soit 1 615 euros. »
Source : Article Elle vend son âme sur Ebay, site Actualités Jepic

Illustrations : – Ypaul de Quarse, 25 juillet 303 : après avoir rendu son corps présentable, 2 anges emmènent l’âme de l’Évêque Cucufa en vue de la gloire éternelle.
– Artiste inconnu, Philosophes discutant de l’âme et du corps.

Ypaul de Quarse, Yokébed et les tours d’abandon

« 7 adar : abandon d’enfant dans une corbeille par une dénommée Yokheved, inconnue des services de Police.
L’enfant va bien. »

 » 5 décembre 2010 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

26 mai 2010 | Abandon | L’enfant survit

22 janvier 2010 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

20 mars 2009 | Homicide

17 décembre 2008 | Abandon | L’enfant survit

8 novembre 2008 | Abandon | L’enfant se porte bien

1 août 2008 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

19 juin 2006 | Abandon | L’enfant ne survit pas

25 mars 2006 | Abandon | L’enfant survit

8 octobre 2005 | Abandon | L’enfant survit

21 août 2005 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

11 avril 2005 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

Février 2005 | Meurtre

21 avril 2003 | Meurtre

5 septembre 2002 | Déposé dans la Fenêtre à Bébé | L’enfant va bien

19 novembre 2001 | Meurtre »

Sources : – Liste des dépositions et abandons d’enfants et des infanticides en Suisse
http://www.babyfenster.ch/fr/statistiques/liste-des-depostions-et-abandons-denfants-et-des-infanticides-en-suisse/
– Article Wikipédia Tour d’abandon
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_d%27abandon

Illustrations : – Maître de Jouvenel et collaborateurs, Yokébed se sépare de son fils Moïse (cf. Exode, chap. 2), XVe siècle.
– Ypaul de Quarse, Codex Sanitatis, enluminure illustrant le pois chiche, Cicera. Tempetences astrabilaires : évitez à toux priz ceste legume. Pour ostres complections, parmi lezquels flegmaticques, favorise relachement de menstrues, faeces et moults exces d’humeurs, tantsque emoussement des sens mene jouissance incontrolable des chaires et abandon des petits enfants.

Iconographie de Noyade

« Il est normal que des corps de victimes de noyade restent au fond de l’eau quelques temps avant de remonter et la piscine était profonde, sombre et sale, ce qui pourrait expliquer qu’on ne les ait pas vus plus rapidement. »

« Marotte est gardée par son grand frère dans l’arrière-cour de la maison ; mais ce dernier quitte son poste. Livrée à elle seule, Marotte prend une dînette pour jouer à puiser l’eau ; elle tombe dans la rivière. Son corps dérive jusqu’au lavoir ; une lavandière l’aperçoit et appelle à l’aide. Des voisins repêchent alors l’enfant, la suspendent par les pieds et appuient sur son abdomen pour lui faire recracher l’eau avalée. »

« … la noyade vitale est avant tout une asphyxie résultant d’une pénétration d’un liquide dans l’arbre respiratoire et que cette inondation va provoquer chez la victime un ensemble de phénomènes qui va entraîner l’arrêt cardio-respiratoire. »

Illustrations : – Guillaume de Saint-Pathus, Vie et miracles de Saint Louis, France (Paris), fin du XVe siècle
– Pole Ka, Fait divers en 1460 : Jean-Baptiste Châtre de Cangé à la recherche de Louis-César, supposé noyé depuis une semaine, France (Paris), début du XXIe siècle.

Sources : – Article Faits divers. Bordeaux : selon l’autopsie, Erane et Andy sont morts noyés, in Le Progrès
– BnF, Le risque de noyade, dans l’insécurité au Moyen-Âge, décrivant le manuscrit de Guillaume de Saint Pathus.
– Article Fait divers : Andy et Erane – Résultat autopsie, sur le blog Noyade-criminalistique.


Short Mental Space / Précisions en passant

Questions font partie d’Etude
Etude est d’aujourd’hui : elle se questionne sur les conditions de possibilité même d’Etude
Etude est d’aujourd’hui parce qu’elle joue sa partition réflexive
question alors, le paradoxe  : dès qu’on se place dans l’étude de Monde, ou plutôt des approxmonde, on n’est déjà plus dans l’expérience « naïve » de Monde et d’emblée donc dans une distance par rapport à l’objet, distance qui est celle de tout geste qui consiste à connaître un objet (d’autant plus quand cet objet est une croyance, quelque chose sis en tête et entre les têtes : la sociologie ou l’histoire des croyances ont un problème analogue).
donc l’Etude de Monde est l’étude des approxmondes plus que des éléments de Monde qui, eux, se dérobent dès qu’on sort de la naïveté.
Mais ça ne veut pas dire que dans Etude, on ne saisit RIEN des éléments de Monde. On essaie de garder l’élément de Monde à vue, comme l’horizon à comprendre et non pas à atteindre, comme un objet non plus donné dans l’évidence (comme pour celui qui les utilise) mais à reconstruire avec d’autres moyens. et parmi ces moyens : des outils critiques.

on pourrait distinguer alors :
– une Etude qui en quelque sorte essaierait de coller aux éléments de Monde, qui se placerait dans une sorte de respect par rapport à son objet, ou même dans une certaine nostalgie, la nostalgie de cet état de « naïveté » où l’on est dans les approxmondes comme si on était dans Monde lui-même, où on ne pose pas de distinction entre les deux.
ce serait comme une approche respectueuse, objectiviste oui, de Monde.
bien heureusement pour le chercheur qui se place dans cet horizon, il est toujours, quoiqu’il en veuille, dans tout ce qui n’est pas son étude et même dans les présupposés et les croyances qui animent son étude, un sujet « naïf ». Dès que l’on croit en certaines choses, et comme vivants dans l’urgence on ne cesse pas de vivre sur de la croyance, on est des sujets « naïfs » qui ne font pas de distinction entre des éléments d’idéologie (ou approxmonde), Monde, et les singularités qui font le réel infraMondain.

on peut faire un parallèle avec, par exemple, la science économique : les chercheurs en sciences économiques sont pour la plupart des gens respectueux de l’économie, et qui sont en quelques sortes des « croyants » en l’économie, il s’agit pour une écrasante majorité d’entre eux l’économie qui « existe » ici maintenant (eh oui, c’est de la science : la physique n’est pas la science d’une physique possible mais de la physique des objets existants) = capitaliste. Comme ils se considèrent comme des scientifiques, leur but est d’étudier ce qui existe ici maintenant et les possibilités inscrites uniquement dans l’horizon de ce qui existe ici-maintenant (prospective, qui en plus, via l’autoréalisation des prophéties, modifie le réel dans son propre sens, car l’économie fonctionne aux croyances de ses acteurs)

de même on pourrait se demander si pour Etude une perspective objectiviste ne provoquerait pas une solidification des éléments d’approxmonde…

-l’autre Etude, serait anti-Monde, ou plutôt critique et orientée. dans cette perspective, Etude n’est rien d’autre qu’une forme de la lutte contre Monde et les approxmondes qui, selon cette approche, vont dans le sens d’une justification idéologique du réel singulier humain tel qu’il est, avec Johnny Hallyday, la pornographie, l’Argent, etc.
Etude est une machine de guerre qui dissèque les éléments d’approxmonde pour les faire pourrir, et donc s’en distingue radicalement.
quelque part, cette étude anti-Monde n’a aucune prétention « scientifique » (sauf comme prétexte pour faire de l’entrisme dans les croyances Mondesque : cheval de Troie) mais seulement critique (avec quand même l’acuité que cela suppose dans la description des approxmondes), elle se perçoit comme un outil polémique, une arme, et partant elle est beaucoup plus proche de la réalité (au sens des singularités), n’ayant aucune prétention à l’universalité.
si on lui reproche de n’être rien d’autre qu’un approxmonde, elle ne le nie pas mais souligne qu’il en est de même pour toute Etude, mais qu’à la différence de l’étude objectiviste de Monde, elle ne se cache pas ses buts et n’ignore pas son efficace.

comme une approche critique de l’économie, qui pour les scientistes ne sera jamais une « science », mais qui pourtant, si néanmoins elle utilise tout les outils descriptifs que la science économique objectiviste a la naïveté de lui dévoiler, tout en éjectant ce qui n’est qu’idéologie fumeuse -principes et prospectives croyantes-, sera mille fois plus intéressante que la science économique.

cette branche d’Etude ne prétend pas être une science, se fout d’être une science, mais affirme qu’elle est, comme n’importe quelle science, une machine de guerre. sauf que les sciences font mine de ne pas être conscientes de cet aspect, en revendicant une simple valeur descriptive et non orientée du réel comme il est. Etude rétorque : MON CUL !

-Etude critique ne prétend pas être une description de ce qui est et tel que c’est. mais une description orientée, qui annule volontairement l’attitude naïve par rapport aux éléments d’approxmonde et donc supprime volontairement tout ce qui va avec cette attitude naïve, tout ce qu’elle suppose = donc pas exhaustive.
Disséquer Johnny Hallyday n’a certes pas la saveur et ne contient pas l’exhaustivité des éléments de « Johnny Hallyday » tel qu’il existe pour le fan, mais l’exhaustivité n’est pas ce que le chercheur de Monde vise : il vise à [décrire-détruire] « Johnny Hallyday » et en faire un pantin de merde qui nous éclaire sur la manière dont une culture de merde se nourrit et ce à quoi elle sert aussi.

Chercheur du CMEP n’a pas à se soucier d’être objectif : il ne faut pas décrire juste, mais décrire assez juste et juste assez pour FRAPPER juste.
Chercheur du CMEP n’a pas à se soucier d’être objectif, donc Etude s’articule totalement à la production libre d’objets, de textes, de sons, d’images, de projets comme Groupe de Musique. Etude est un de ces objets singuliers, sous la forme d’un effort de dissection, d’une arme critique faite d’idées et de paroles, démontages de mythes, laboratoires d’analyses et d’idées dont la production d’objets critiques et bizarres peut se nourrir.

Message de Monde

jeudi 22 septembre 2011, 00:29

Entremets
De : Adresse mail <adressemail@adressemail.net>

Date : Date

Objet : Objet

À : Homme
Homme,

C’est avec douleur que nous t’écrivons sur cette boîte mail car nous n’avons pas réussi à te joindre à l’adresse adressemail@adressemail.net (et les claviers de téléphone du monde ne permettent pas de taper le Numéro de téléphone ).

La difficulté à écrire dans un idiome autre que l’Idiome est grande.

Considère cependant les phrases qui précèdent comme imprécises, et nées d’une illusion dans laquelle nous étions prêts de tomber. Tu peux le voir, le langage devient moins rigoureux, mais il devient vivant : car nous sommes du monde, et quoiqu’il en soit de notre recherche de Monde, nous garderons les deux pieds dans le monde.

Les deux phrases qui précèdent, ainsi que celle-ci dans laquelle cette phrase s’écrit, sont énoncées dans un langage qui n’est pas Langage, mais seulement une tentative d’approcher Langage et, à travers Langage, de mieux cerner Monde ; tentative que nous nommerons peut-être « langage de recherche de Monde », « langage de la quête de Monde », ou « approximation Müller de Monde » (abréviée en « approx Müller » – Müller, pour différencier cette approximation des autres existantes ou seulement possibles, sans pour autant lui donner une quelconque primauté ou valeur inaugurale : car avant l’approx Müller, il y a eu l’approx Platon, et bien d’autres.)

Quelle opération se joue ici ? Tout sera parti de l’existence peut-être indéniable du groupe de musique Groupe de Musique. Il fallait prendre acte de cette existence, et développer ses implications. Son implication la plus loin portante consiste en une affirmation ontologique, un postulat d’existence : le groupe de musique Groupe de Musique existe et ne peut tout à fait exister que dans le monde Monde.

Dans le monde Monde, le seul groupe de musique dont on peut affirmer l’existence est Groupe de Musique.

Dans le monde Monde, il n’y a pas de trains, de trains qui partent ou qui arrivent, de trains en retard, de trains qui déraillent. Il y a le train Train. Ou plutôt, si l’on veut être plus proche de la manière dont le monde Monde s’énonce (du moins, c’est ainsi que nous le supposons) : il y a Train.

Nous avons dit monde Monde, mais dans le monde Monde, il va de soi que ce redoublement n’a pas lieu d’être : il s’agit simplement de Monde.

Le monde, celui fait de singularités, de noms propres et d’histoire, dans lequel nous vivons, présente parfois à nos yeux inquiets certains objets qui, plus que d’autres, nous mettent sur la voie de Monde : la plupart des hommes d’affaire que nous croisons ne seront qu’agrégats de bouts d’apparence et d’identité (homme d’affaire mais simultanément père de famille, arabe, chauve, stress, soulier verni), quand pourtant l’un d’entre eux nous apparaît soudain, dans l’étrange lumière d’une évidence, comme l’homme d’affaire Homme d’affaire, ou plus justement Homme d’affaire, affirmation hiératique d’une fonction. Nous nous écrions alors : Homme d’affaire !

Bien sûr, Homme d’affaire qu’on a cru voir apparaître ne se révèle bientôt être qu’un homme d’affaire, peut-être pressé, peut-être alcoolique, peut-être Norbert Gransart ou Jean Waltz. Le fait que nous soyons des membres du monde ne se laisse jamais longtemps oublier : pourtant, l’intuition de Monde nous a bien effleuré, et nous poursuivrons désormais la recherche de Monde et des fonctions hiératiques et affirmatives qui le peuplent.

Parmi les questions qui nous hantent, il y a celle-ci : Question ?

Question ?

Ici nous subissons l’appel de Monde, mais reprenons-nous.

Parmi les questions qui nous hantent, il y a celle-ci : quels pourraient être les moyens, les outils, les surfaces d’inscription adéquats d’une recherche de Monde ? Car nous avons la naïveté de vouloir le représenter.

Les maîtres enlumineurs du Moyen-Age semblent avoir recherché un moyen de rendre Monde sensible. Tout au moins, l’on peut reconnaître que de nombreuses enluminures sont truffées d’images de Poisson, Mer, Testicule, Seigneur, Ville, Combat, et bien d’autres choses qui faisaient partie de Monde pour le maître enlumineur du Moyen Age. La ferme et folle croyance de ce temps en une essence fixe des choses, en la possibilité d’Homme, de Chevalier, de Ballot de paille, etc., comme en atteste notamment le Livre des propriétés des choses de Barthélémy l’Anglais, était un terreau fécond pour l’imagination et la conception de Monde.

Il semble que les morceaux amoncelés en nos têtes de cognitions socialement induites, via l’usage de mots cimentés par leur répétition incessante dans la bouche de tout le monde, soit l’une des sources des entités peuplant Monde : on ne saurait nier la hiératique présence en la tête d’Arabe, de Juif, de Pédé, de Gitan, de Riche… Monde peuple le langage.

Mais quelque part ailleurs que dans l’aire de la bêtise ordinaire, il semble que les enfants et les fous en ce monde, plus que les autres, aient un accès privilégié à Monde, et disposent d’un langage plus adéquat pour le penser. Car Monde est avant tout source d’un étonnement, ou bien peut-être Monde est-il simultanément l’objet et le produit d’un étonnement devant l’inadéquation des mots+des schèmes qu’ils portent, d’avec les choses singulières. Constatant dans l’étonnement cette inadéquation, l’étrangeté du mot+squelette de choses qui lui est attaché n’est cependant pas levée, et le mot-fonction ne fait que se poser devant les yeux avec une insistance redoublée, un caractère affirmatif, tonnant, qui confère à Homme, à Gare ou à Groupe de Musique une quasi-existence terrifiante.

Ceci semble important : la question n’est pas de croire ou de ne pas croire en l’existence de Monde, mais d’essayer de penser ce quelque chose qui pourrait être Monde. Monde n’est peut-être que le produit d’une réaction chimique : celle qui est résulte de la rencontre du langage toujours ressassé et du cerveau qui l’incorpore. Cela ne le rend pas moins digne d’être pensé.

Monde ne serait alors rien moins que le produit d’une contamination : la contamination de la tête, des yeux, des oreilles, du corps entier, par l’usage du langage et de la logique sise en cet usage. Monde serait le le produit d’une rencontre : celle de la Logique et du monde.

Une seconde définition de Monde pourrait être celle-ci : Chose dans Monde est le point de convergence de toutes les perceptions possibles d’une même chose singulière. Ce en quoi tel objet est le même pour telle chauve-souris, tel chien et tel homme. Ou encore : Chose dans Monde est une catégorie de choses singulières pertinente pour toute perception possible.

Quelle que soit la réelle nature de Monde, il faut tenter de le penser. Nous défendant de croire que nous possédons la juste définition de Monde, il nous faut donner à tout langage parlant de Monde son caractère d’approximation, et l’entière liberté, jamais dénuée de rigueur, que ce caractère implique. Penser Monde relève non pas de la science, mais d’une folie dont on ne saurait déterminer la portée ou l’absence de portée.

/maquette de train images fixes ou animées du groupe de musique Groupe de Musique/

Un exemple d’abord, parmi d’autres, pourrait servir de première approche du problème Monde : qu’est-ce que Phrase ?

Dans Monde, il existe Phrase. La voici, peut-être :

Phrase s’écrit.

Ou bien, lorsque Voix est le vecteur :

Phrase se dit.

Notre incertitude est grande, tant Monde ne se laisse deviner que rarement à travers la multitude des incarnations imparfaites et aberrantes, au sein du monde, de ce qui existe en Monde, tant aussi le vertige est grand lorsque nous tentons d’y pénétrer par l’effort de la pensée et du langage. L’un des problèmes les plus saillants auquel nous faisons face dans la recherche de Monde, est celui-ci : comment éviter ou comment assumer l’arbitraire, sans nous barrer l’accès à Monde ? L’arbitraire arrive dès l’abord de la recherche, lorsqu’il faut décider du niveau de spécification sémantique où l’on peut trouver et nommer les fonctions qui peuplent Monde. Nous possédons quelques fragiles certitudes, qui n’en sont guère en vérité, telles que : il existe Train, mais il n’existe pas Train corail ou TGV. Il existe Véhicule. Il existe Bicyclette, mais pas Vélo tout terrain. Il existe Voiture, mais pas Voiture peugeot. Il existe Homme, mais pas Homme vétéran de la guerre du Vietnam. Il existe Chauve, mais pas Dégarni. Il existe Policier, mais pas Brigadier chef. Où devons-nous arrêter la division des abstractions qui peuplent nos têtes ?

Peut-être au niveau d’abstraction qu’un œil exercé pourrait voir s’incarner dans les choses mêmes. Un obscur mouvement est en effet décelable au sein du monde et de son histoire : il semblerait que les entités peuplant Monde, sous l’effet sans précédant des activités d’Homme, tendent sourdement à investir les singularités qui jusqu’à maintenant faisaient du monde un monde vivant, et faisaient du sensible un divers. La production industrielle des objets, modes de vie, opinions, affects et percepts, dont nous ne cessons de subir l’intensification, semble être la manifestation empirique de ce mouvement transformant tout à la fois les choses et ceux qui ont rapport à elles.

Monde pourrait constituer une plaisanterie raffinée goûtée par une poignée d’idéologues prétentieux : il n’est pourtant qu’une manière de nommer et d’élaborer un problème qui n’a jamais vieilli depuis l’aube de la pensée, ne nous requérant qu’avec plus d’urgence à mesure que l’histoire s’emballait. Ce problème est celui de la terrible efficace du langage, de la logique, et du mouvement d’abstraction dont ils sont les noms : mouvement qui menace tous les processus, tous les gestes incertains à l’œuvre dans le divers, d’un figement brutal dans la pose hiératique, creuse, répétitive jusqu’à l’obsession, des formes et des fonctions.

Lunettes